La parole aux Pailladins #22 | Financièrement, le MHSC va-t-il droit dans le mur ?

Personnellement non-issu d’une formation comptable ou financière, cette étude n’a pas prétention à être irréfutable, exhaustive ou indiscutable. Bien que basés sur l’observation des résultats financiers des 15 dernières saisons, à compter de la saison 2023/2024 les chiffres ne sont qu’hypothèses et présagent en rien des futurs choix du club. L’objectif ici est de donner les grandes masses pour illustrer les mécanismes financiers d’un club de L1.

Introduction

Quelles sont les sources de revenus d’un club ? Quelles sont ses dépenses ?

Le compte de résultat représente l’activité d’une entreprise sur la durée d’un exercice comptable. En Ligue 1, l’exercice comptable est calqué sur la saison sportive et court du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante. Le compte de résultat n’offre donc qu’une vision des produits (revenus) et des charges (dépenses) des clubs sur une période délimitée dans le temps, sans présager du passé ou du futur. Les comptes de résultat des clubs sont déposés par les clubs chaque saison auprès des greffes des tribunaux de commerce et parallèlement retraités puis publiés par la DNCG selon une ventilation qui lui est propre.

La reventilation DNCG

  • Produits hors mutation (Revenus générés par le club)
  • Droits TV
  • Recettes de matchs
  • Sponsors/Publicités
  • Autres produits
  • Charges hors mutation (Dépenses générées par le club)
  • Masse salariale chargée
  • Amortissements des indemnités de mutation (Achats de joueurs)
  • Honoraires d’agents
  • Autres charges
  • Résultat d’exploitation = Produits – charges => « Déficit structurel »
  • Opérations de mutations (Vente de joueurs)
  • Résultat financier
  • Résultat exceptionnel (Abandon de créances)
  • Résultat NET

Compte de résultat MHSC 2015/2023

Comprendre le déficit structurel

Le déficit structurel (déficit d’exploitation) résulte de la différence entre les produits et les charges. Les charges sont principalement impactées par la masse salariale (60% – commun à tous les clubs hors-Top 7 de Ligue 1) et les produits principalement boostés par les droits TV (représentant 55% des produits en moyenne ces dernières saisons pour le MHSC).

Le club dispose donc de deux leviers pour réduire son déficit structurel :

  • Augmenter les revenus : Droits TV, billetterie, sponsors, autres…
  • Réduire les charges : Masse salariale, Amortissements des indemnités de mutation (achat de joueurs), autres charges.

Augmenter les revenus apparait difficile dans un contexte où le club est principalement tributaire des négociations entre la LFP et les diffuseurs au sujet des droits TV. Seule une surperformance au classement et donc une qualification européenne peut engendrer une augmentation sensibles des revenus à ce sujet.Le poste billetterie, dont le poids est 4 à 5 fois inférieur à celui des revenus Droits TV, reste désespérément faible au MHSC, et l’absence de nouveau stade n’incite pas à l’optimisme. Aussi limités par les capacités d’accueil et la vétusté du stade, les revenus sponsors & publicité (intégrant les hospitalités VIP) ne permettent pas non plus d’effet de levier. En résumé, le MHSC n’a à ce jour aucun levier pour augmenter sensiblement ses revenus.

Sur le volet des charges, le poste Autres charges (Centre de formation, centre d’entrainement, déplacement, location du stade etc…) représente un poids conséquent (environ 30% des charges annuelles) mais dans la moyenne des clubs de milieu de tableau de Ligue 1, et reste relativement stable.

Elément principal sur lequel le club peut influer : la masse salariale.

La masse salariale constitue, chaque saison, le principal poste de dépenses des clubs de L1. Elle intègre les salaires des joueurs, des entraineurs, staffs, formateurs, du personnel administratif du club etc… Sans surprise, les rémunérations des joueurs/entraineurs/staffs constituent 87% de la masse salariale des clubs, en moyenne, en L1.

Le 29 Mai 2018, Médiapro remporte l’appel d’offres des droits TV pour la Ligue 1 pour un montant de plus 1 Milliard d’euros, promettant aux clubs de substantielles rentrées d’argent à venir à compter de la saison 2020/2021. Dès la saison 2018/2019, on remarque une augmentation de la masse salariale des clubs de L1 cités ici passant, en moyenne, de 27M€ (2017/2018) à 33M€ (2018/2019). On peut corréler cette augmentation à l’anticipation des revenus futurs promis par les Droits TV. Le COVID et (surtout) la faillite de Médiapro viendront quelque peu perturber le plan initial.

A compter de la saison 2021/2022, la politique salariale du MHSC, pourtant plus tributaire que les autres aux droits TV (en baisse), est assez intrigante. La MS va se stabiliser à des niveaux élevés (+de 40M€) alors que les départs des deux plus gros salaires du club, Delort (120K€) et Laborde(110K€) sont actés en début de saison. Les augmentations liées aux prolongations (Savanier, Ferri, Chotard, Wahi…), et les salaires des nouveaux entrants (Germain, Sakho, Khazri, Lecomte, Kouyate…) vont faire exploser la grille des salaires connus jusque-là au MHSC.

En 2022/2023, la masse salariale du MHSC est impactée par les licenciements (et donc les indemnisations) de ODO + Staffs, Pitau + Staffs, et le recrutement de MDZ. Ne pouvant pas augmenter ses revenus, le club aurait donc pu faire le choix de réduire drastiquement sa masse salariale et ainsi réduire de même le déficit structurel. Historiquement, le club a toujours fonctionné différemment en compensant le déficit structurel par la vente de joueurs. Ce qui est vrai à Montpellier, l’est aussi pour l’immense majorité des autres clubs de notre rang en L1.

Ci-dessous un tableau reprenant le poids de la masse salariale par rapport aux produits totaux. La MS engloutit l’immense majorité des revenus des clubs, notamment au MHSC.

Dernier élément constitutif des dépenses du club, les mutations (achats de joueurs) et les commissions d’agents. Lorsqu’un joueur est acheté pour un montant de 10M€ et qu’il signe un contrat de 4 ans avec le club acheteur, on vient lisser comptablement la dépense sur la durée du contrat. Ainsi, on viendra « charger » les amortissements de 2.5M€ pendant 4 ans.

Comment compenser le déficit structurel ?

De par sa simple exploitation, le MHSC accuse un déficit structurel de 135M€ sur la période 2017/2018 à 2022/2023. A l’opposé, Brest et Strasbourg, équilibrant mieux leurs revenus et leurs dépenses, arrivent à limiter ce dernier. Ce qu’il faut lire ici est que le MHSC a dû « trouver » 99M€ de plus que Brest pour financer ses charges. On peut cependant noter que tous les clubs sans exception sont déficitaires et doivent compenser ce déficit.

Majoritairement déficitaires de par leur exploitation, les clubs de Ligue 1 ont deux principales options pour rééquilibrer les comptes :

  • Vendre des joueurs (Mutations)
  • Injection d’argent de son/ses actionnaire(s) et/ou Emprunt auprès d’un établissement bancaire

2024 à 2029 : Droits TV en baisse, Contrat DAZN/BEIN, quel impact pour le MHSC ?

Depuis la saison 2020/2021, les montants domestiques des droits TV, connaissent une chute significative suite à la faillite de MEDIAPRO.

De par sa pérennité/ son classement en L1, le MHSC est à la deuxième place en termes de revenus perçus sur la période 2017/2018 à 2022/2023, mais reste cependant, avec Angers, plus dépendant que les autres clubs aux Droits TV et à leurs variations. A l’inverse, Brest, Lens et Strasbourg peuvent s’appuyer sur une économie plus diversifiée et donc (un peu) moins sensible à la future baisse des droits TV engendrés par le contrat DAZN/BEIN à 500M€/an sur la période 2024/2029.

Au titre de sa participation et de son parcours en Europa League en 2022/2023, le FC Nantes a touché 9.9M€ de Droits TV. En comparaison, l’OM touchera 51.5M€ de droits TV Européens pour sa participation à la phase de groupes de la LDC, le PSG 101.3M€ pour son 1/8ème de finale.

Les saisons 2022/2023 & 2023/2024 seront marquées par l’apport de cash émanant de la vente de 13% de la société commerciale de la LFP en charge des droits TV au fonds d’investissement CVC Partners. Tous les clubs listés ici recevront 16.5M€ en juillet 2022 et juillet 2023 pour un total de 33M€. Toulouse, seule exception, percevra seulement 16.5M€, consécutivement à sa présence en L2 lors de la saison 2021/2022. Dans le même temps, le PSG percevra 200M€, l’OM et l’OL 90M€, Monaco, Lille, Rennes et Nice 80M€, creusant d’autant plus l’écart entre le TOP 7 et les autres clubs. Vincent Labrune, président de la LFP, martèle sa stratégie : « privilégier les locomotives ».

* Dans le document des comptes individuels des clubs de la DNCG saison 2022/2023, le versement CVC apparait dans les droits TV pour le MHSC & Lorient et dans la catégorie autres produits pour les autres clubs. Dans le tableau ci-dessus, le versement CVC n’est pas comptabilisé en Droits TV pour le MHSC et Lorient mais reventilé dans la catégorie « autres produits ».

Le temps de l’austérité ?

Ni le COVID, ni le fiasco Mediapro, ni le versement de CVC n’auront convaincu les présidents de clubs, MHSC comme ailleurs, de drastiquement réduire le train de vie des clubs. La baisse des droits TV, prochaine (dernière ?) tempête annoncée dans la vie financière des clubs permettra-t-elle de revenir à la sagesse ? Suite à la simulation des montants des droits TV sur la période 2024/2029 réalisée par Pierre Rondeau, économiste du sport, on peut donc poser deux hypothèses théoriques sur les impacts.

Hypothèse N°1 – Rien ne change.

Dans cette hypothèse, le club poursuit avec une stratégie de Masse salariale relativement élevée au regard de ses produits, et ne cherchent pas à réduire l’ensemble de ses charges.

Coté produits, ces derniers sont constants. Comme vu précédemment, la billetterie et les sponsors/publicités peuvent difficilement progresser sans nouveau stade, et les droits TV sont calculés sur une 12ème place théorique qui rapporterait 13M€ chaque saison.

Les charges restant élevées, et les revenus plus faibles, le déficit structurel se creuse et oblige donc le club à avoir recours à son actionnaire (Gr.Nicollin) ou à vendre des joueurs. Dans cette hypothèse, c’est près de 33M€ de vente/actionnaires qui sont attendus chaque saison pour sauvegarder le résultat net en fin de saison. En cas de résultat net négatif en fin de saison, le club doit puiser dans ses fonds propres pour compenser, fonds propres nourris par les bénéfices des saisons antérieurs et donc limités.

Il semble utopique de penser que le club soit capable de vendre pour 33M€ de joueurs chaque saison ou que le Groupe Nicollin compense les pertes à ces hauteurs. Sur ces bases, la « faillite » évoquée par Laurent Nicollin lors de son audition au Sénat prend tout son sens.

Hypothèse N°2 – L’Austérité

Dans cette hypothèse, le club réduit drastiquement sa masse salariale saison après saison en adoptant une grille de salaire beaucoup plus restrictive (Confiance dans le centre de formation, recrutement à moins coût en termes de salaires). En complément, les achats de joueurs baissent et les autres charges se réduisent aussi légèrement.

Coté produits, ces derniers sont constants. Comme vu dans l’hypothèse 1, la billetterie et les sponsors/publicités peuvent difficilement progresser sans nouveau stade, et les droits TV sont calculés sur une 12ème place théorique qui rapporterait 13M€ chaque saison.

Conséquence : Le déficit structurel baisse et entraine un retour progressif à la « normale » avec la nécessité de vendre « seulement » pour 15M€ à la fin du cycle. Le résultat net est préservé et permet au club de perdurer.

Cette vision implique forcément des conséquences sportives. La réduction des dépenses obligera le club à faire performer le centre de formation et les bons choix en matière de transfert pour perdurer en L1, cependant cette réalité qui est la notre est aussi celle de bien d’autres clubs confrontés aux mêmes problématiques.

Le terme « perdurer » à un sens. Face à des clubs soutenus par des actionnaires aux réserves quasi infinies, « performer » dans un ligue 1 aux allures de SuperLeague à la Française apparait aujourd’hui comme une chimère.

Article proposé par @SpahicKing, lecteur d’AP.com. Un grand merci pour la qualité de rédaction.

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